Avec son veston de velours, son large feutre noir, sa grande barbe, son regard à la fois perspicace et bienveillant, Rouge est une figure d'artiste bien caractéristique, connue, estimée, aimée de tous…
Avant tout, du moins par ses toiles les plus connues, il est le peintre de la vallée du Rhône et des Alpes Vaudoises, dans leurs sites familiers ou grandioses comme dans leurs types: bûcherons, vachers, chasseurs. Mais il n'est pas que cela et son oeuvre est extraordinairement diverse ; sujets de genre, paysages, portraits, anecdotes, il a tout abordé. Et l'affiche, variété d'une formule très spéciale, où il excelle. Et des illustrations d'ouvrages d'art. Et la peinture militaire ; nul n'a su noter comme lui le soldat spécifiquement vaudois, fier de son uniforme neuf et clignant de l'œil du côté des belles filles, ou landsturmien à la moustache terrible avec de petits yeux pétillants de malice. Là, comme chez ses bûcherons et ses chasseurs, c'est une collection de délicieuses têtes et attitudes du cru ; et combien émouvantes parfois ! Car si les " Dernières Nouvelles ", le martial sous-officier qui lit le journal du matin devant le poste de garde, n'est qu'une magistrale anecdote, il y a ces pages sur la "Mobilisation" et la "Démobilisation", si nobles et si sobrement vraies à la fois, où, avec émotion, tout le pays à un moment donné s'est reconnu, s'est senti exprimé avec une force, une éloquence saisissante.
Extraits des Notes sur le peintre Frédéric Rouge, par Georges Addor, 1929