Suivant l'inauguration du Musée Frédéric Rouge se déroule l'exposition "Reflets du Chablais"
A l'occasion de l'ouverture de cette exposition, plusieurs articles sont parus dans la presse :
- La Côte du 18 mars 2010
- 24 Heures du 20 mars 2010
- Le Nouvelliste du 20 mars 2010
- Le Régional No 508 (24 au 31 mars 2010)
- Chasse et Nature No 6 (Juin 2010), page double
Mis à part ses deux séjours de formation à Paris puis à Florence, Frédéric Rouge reste fidèle à sa région toute sa vie. Il connaît tous les recoins de la Plaine du Rhône, arpentant inlassablement monts et montagnes. Grand chasseur, il se rend fréquemment dans les forêts des environs. Il s’installe en 1903 à la demeure des Cèdres à Ollon, mais retourne très régulièrement à Aigle, son lieu de naissance. Il y retrouve ses amis et connaissances, qu’il prie parfois de poser pour lui.
Il était donc logique de commencer cette série d’expositions sur Frédéric Rouge avec pour thème le Chablais, ses paysages et ses habitants. Dans la sélection de toiles exposées ici, on retrouve les montagnes qu’il gravit souvent, Dents du Midi au sud, Alpes Vaudoises à l’est. Il se rend aussi en plaine et choisit un étang, une mare, une perspective qui l’intrigue. Comme les Impressionnistes, Rouge peint à l’extérieur, retournant autant de fois que nécessaire sur le lieu choisi pour y saisir les détails qu’il recherche. Quant aux scènes où il représente des personnages, il les dépeint dans leur environnement et souvent en pleine occupation: chasseurs, pêcheurs ou vendangeurs, les activités de ses contemporains nourrissent son inspiration. On le sent familier de ses modèles, qu’il choisit avec des types bien marqués.
Alors qu’ailleurs les artistes s’éloignent de l’académie et qu’apparaissent cubisme, surréalisme et constructivisme, Rouge se tient à sa technique sa vie durant. Il ne se lasse pas d’illustrer les scènes qui l’entourent, à l’huile, au fusain ou à l’aquarelle. Ainsi, du « Premier paysage » (1885) à « Frédéric Rouge, ex-peintre » (1947 ou 48), ce sont des exemples tirés de toute sa carrière que l’on peut voir dans cette exposition. On remarquera qu’il n’hésite pas à peindre plusieurs fois le même sujet, comme dans les deux superbes versions des Dents du Midi (1922 et 1926), qu’il montre au coucher puis au lever de soleil, jouant beaucoup sur la luminosité. Il y revient en 1936 dans un plus petit format, avec une version cette fois enneigée et tout aussi séduisante. Est-ce par esprit de perfection, par émerveillement constant pour la nature qui l’entoure ou par volonté de cerner enfin une scène qu’il voit quotidiennement ? Ou peut-être encore parce qu’il constate qu’un paysage n’est jamais pareil et qu’il peut donc très bien faire l’objet de multiples représentations ?
Rouge prend aussi comme modèle les monuments de sa région, l’église du Cloître et le château d’Aigle, l’église d’Ollon, celle de Noville, le château de Monthey. Comme dans presque tous ses paysages, ces représentations sont exemptes de présence humaine. Rouge en fait le sujet unique de ses toiles, à part les montagnes en arrière-plan. Les oeuvres présentées ici sont issues des collections de la Fondation Frédéric Rouge, de la Commune d’Aigle et de plusieurs prêteurs privés. Il s’agit pour le public d’une occasion rare de découvrir des tableaux peu connus, dont l’intérêt est indéniable. Quant à la Fondation, elle saisit cette opportunité de montrer ces très beaux extraits de l’oeuvre d’un peintre parfois négligé dans l’histoire de l’art vaudois. On y devine à chaque fois les reflets du Chablais que Rouge a tant aimés.
Claire Favre Maxwell, co-commissaire de l’exposition Reflets du Chablais